Pendant deux semaines de juillet 2026, un amendement a rouvert un débat douloureux : faut-il autoriser l’abattage des chiens errants dans les territoires d’outre-mer ? Adopté par le Sénat le 2 juillet, le texte a finalement été retiré à la mi-juillet, après une vive mobilisation des associations de protection animale. Retour sur un épisode qui met en lumière un problème de fond bien réel, et loin d’être résolu.
Ce que prévoyait l’amendement
Déposé dans le cadre d’un projet de loi d’urgence pour la souveraineté agricole, l’amendement numéro 604 autorisait les préfets de cinq territoires, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et Mayotte, à ordonner des opérations de destruction des chiens errants. La mesure était encadrée : elle ne pouvait durer que deux mois au maximum, et seulement en dernier recours, à l’issue d’opérations de capture restées vaines, et en cas de persistance d’attaques contre le bétail ou les personnes.
Le texte visait avant tout la prédation subie par les élevages ultramarins, où des meutes de chiens livrés à eux-mêmes s’attaquent régulièrement au bétail. C’est un argument agricole, pas une mesure de confort.
Un problème de fond bien réel
Car l’errance animale outre-mer n’est pas un détail. À La Réunion, on estime à environ 73 000 le nombre de chiens errants, dont une bonne partie sont en réalité des chiens « divagants », qui ont un propriétaire mais circulent librement. Chaque année, près de 12 000 animaux y sont euthanasiés. Derrière les chiffres, il y a à la fois un enjeu de sécurité et de santé publique, et une immense souffrance animale liée à la surpopulation, aux abandons et au manque de moyens.
La mobilisation et le retrait
L’annonce du vote a immédiatement fait réagir les associations de protection animale, de la Fondation Brigitte Bardot aux collectifs locaux comme APEBA ou Argos 42. Leur message tenait en une phrase : « Tuer ne résout rien. » Pour elles, les chiens errants sont d’abord les victimes d’une politique publique insuffisante, et l’abattage ne traite qu’un symptôme, pas la cause.
La commission mixte paritaire, réunie à la mi-juillet pour harmoniser le texte entre l’Assemblée et le Sénat, a finalement écarté la disposition. L’amendement ne figure plus dans la version issue de cette commission. Les associations ont salué une victoire, tout en rappelant que le problème, lui, reste entier.
Quelles alternatives ?
Les solutions défendues par les associations ne sont pas nouvelles, et elles font largement consensus chez les spécialistes : des campagnes massives de stérilisation pour casser le cycle de reproduction, l’identification obligatoire réellement appliquée, le développement de refuges, et des sanctions plus fermes contre l’abandon et les élevages illégaux. C’est un travail de longue haleine, moins spectaculaire qu’une mesure d’urgence, mais c’est le seul qui s’attaque à la racine du problème plutôt qu’à ses conséquences.
À notre échelle, chaque adoption responsable et chaque chien stérilisé compte. C’est aussi pour cela que nous encourageons l’adoption en refuge : derrière chaque place libérée, il y a un animal de moins livré à la rue.