Notre chien, croisé berger australien et border collie, fait partie des races les plus concernées par une mutation génétique assez méconnue des propriétaires : la mutation MDR1. Un test génétique a confirmé qu’il est porteur simple (hétérozygote, souvent noté +/-). Cette mutation rend certains médicaments, pourtant courants et sans danger pour la plupart des chiens, potentiellement toxiques pour les chiens porteurs. Voici ce qu’il faut savoir, surtout si vous avez un chien de berger ou un croisé de ces races.
Cet article a un but informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Si votre chien appartient à une race à risque, parlez-en à votre vétérinaire avant tout nouveau traitement.
Qu’est-ce que la mutation MDR1
MDR1 (pour « multidrug resistance 1 », aussi appelé gène ABCB1) code normalement pour une protéine, la P-glycoprotéine, qui fonctionne comme une pompe d’évacuation. Son rôle est d’expulser certaines substances, dont plusieurs médicaments, hors du cerveau et de plusieurs organes, avant qu’elles ne s’y accumulent en quantité dangereuse.
Chez un chien porteur de la mutation MDR1, cette pompe ne fonctionne pas correctement, voire pas du tout selon qu’il est porteur d’une ou deux copies du gène muté. Résultat : certains médicaments s’accumulent dans le cerveau à des doses qui resteraient parfaitement sûres chez un chien non muté, provoquant une neurotoxicité.
La transmission se fait de façon récessive : un chien avec deux copies mutées présente une sensibilité complète, tandis qu’un chien avec une seule copie mutée (porteur simple) présente généralement une sensibilité plus modérée, mais réelle.
Quelles races sont concernées
Cette mutation touche très majoritairement les races de bergers et leurs croisements. Les fréquences observées, selon les données du VCA (réseau de cliniques vétérinaires nord-américain), varient beaucoup d’une race à l’autre :
- Colley : environ 70% des chiens porteurs
- Berger australien : environ 50%
- Whippet à poil long : environ 50%
- Silken Windhound : environ 30%
- Shetland Sheepdog (Sheltie) : environ 15%
- English Shepherd : environ 15%
- Berger allemand : environ 10%
- Border Collie : environ 5%
- Bobtail (Old English Sheepdog) : environ 5%
- Chiens croisés de races à risque : environ 5%
Notre chien cumule deux races porteuses (berger australien et border collie), ce qui expliquait le risque, mais seul le test génétique a permis de confirmer qu’il est réellement porteur (simple, +/-), et non de le supposer uniquement à partir de sa race.
Les médicaments à éviter ou à utiliser avec prudence
Certains médicaments très courants en médecine vétérinaire posent problème chez un chien porteur, mais uniquement à certaines doses. C’est une nuance importante à comprendre :
- Ivermectine : sans danger aux faibles doses utilisées en prévention des vers du cœur, mais potentiellement toxique aux doses plus élevées utilisées pour traiter la gale démodécique.
- Milbémycine oxime, présente notamment dans Milbemax, Milbactor et Milpro (vermifuges).
- Moxidectine, présente notamment dans Advocate (antiparasitaire spot-on).
- Sélamectine, présente notamment dans Stronghold (antiparasitaire spot-on).
- Lopéramide (Imodium), un médicament humain parfois donné contre la diarrhée : peut provoquer une toxicité neurologique chez un chien porteur, même à dose « normale ». Ne jamais en donner à un chien sans avis vétérinaire, mutation MDR1 ou non.
- Acépromazine, présente notamment dans Calmivet, un sédatif fréquemment utilisé avant une anesthésie ou pour calmer un chien anxieux.
- Butorphanol, un antidouleur/sédatif également courant en clinique, généralement administré par le vétérinaire lui-même plutôt que délivré en pharmacie.
- Certains traitements anticancéreux (chimiothérapie).
Cette liste n’est pas exhaustive, et surtout, elle ne veut pas dire qu’il faut refuser ces traitements en bloc : un vétérinaire informé du statut MDR1 de votre chien adapte simplement la molécule ou la dose en conséquence.
Attention aux listes non sourcées qui circulent en ligne
On trouve parfois des listes qui incluent, par excès de prudence, des antiparasitaires comme le Bravecto (fluralaner) ou le NexGard (afoxolaner). Ces deux produits appartiennent à la famille des isoxazolines, une classe différente des molécules citées plus haut. Des études de pharmacologie vétérinaire publiées ont spécifiquement testé le fluralaner et l’afoxolaner chez des colleys porteurs de la double mutation MDR1, et n’ont pas montré de risque particulier : ces molécules ne sont pas des substrats de la P-glycoprotéine, contrairement à l’ivermectine ou au lopéramide. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’un produit est un antiparasitaire qu’il est automatiquement concerné par MDR1, et il vaut mieux vérifier la molécule exacte que de se fier à une liste trouvée en ligne sans source. Le Bravecto fait par ailleurs l’objet d’une controverse bien réelle, mais sans rapport avec MDR1 : on en parle en détail dans notre article dédié.
Les signes à surveiller en cas d’intoxication
Si votre chien a reçu l’un de ces médicaments et présente l’un des signes suivants, contactez immédiatement votre vétérinaire ou une clinique d’urgence :
- Vomissements et diarrhée
- Léthargie inhabituelle
- Tremblements
- Ataxie (perte de coordination, démarche titubante)
- Salivation excessive
- Convulsions
- Difficultés respiratoires, voire arrêt respiratoire dans les cas les plus graves
- Coma
Un test génétique existe
Il n’est pas nécessaire de deviner ou d’attendre un incident pour savoir si votre chien est concerné : un test génétique, réalisé à partir d’une simple prise de sang ou d’un prélèvement buccal, permet de déterminer précisément son statut (non porteur, porteur simple, ou porteur des deux copies). Ce test a été développé à l’origine par le laboratoire de pharmacologie clinique vétérinaire de la Washington State University, qui continue à faire référence sur le sujet.
Pour un chien d’une race à risque, y compris un croisé, faire ce test une seule fois dans sa vie permet ensuite d’informer chaque vétérinaire consulté, sans avoir à y repenser à chaque nouvelle prescription. C’est ce test qui nous a permis de savoir, sans deviner, que notre chien est porteur simple (+/-), et donc d’en informer systématiquement chaque vétérinaire vu depuis.
Ce qu’il faut retenir
- Si votre chien est un berger (colley, berger australien, border collie, sheltie…) ou un croisé de ces races, parlez-en systématiquement à votre vétérinaire avant tout nouveau traitement.
- Le test génétique MDR1 est simple, définitif, et évite d’avoir à deviner.
- Ce n’est pas parce qu’un médicament est « à risque » qu’il est interdit : c’est la dose et le contexte qui comptent, et un vétérinaire informé sait l’adapter.
- En cas de signes neurologiques après un traitement, ne perdez pas de temps : contactez votre vétérinaire.
Sources
- VCA Hospitals, Multidrug Resistance Mutation (ABCB1 ou MDR1)
- Orthopedic Foundation for Animals (OFA), Multiple Drug Sensitivity (MDR1)
- Whole Dog Journal, Dogs with the MDR1 Mutation: Drug Sensitivities
- Safety of fluralaner in MDR1(-/-) Collies after oral administration, National Library of Medicine (PMC)
- Safety of oral afoxolaner in homozygous MDR1-deficient collie dogs, Journal of Veterinary Pharmacology and Therapeutics