Un chien qui se gratte sans arrêt, qui a les oreilles rouges à répétition ou qui fait des selles molles depuis des mois n’a pas forcément « la peau sensible » ou « un estomac fragile ». Dans une partie de ces cas, la cause est directement liée à ce qu’il mange. Encore faut-il distinguer deux choses souvent confondues : l’allergie alimentaire et l’intolérance alimentaire.
Allergie ou intolérance : ce n’est pas la même chose
L’allergie alimentaire est une réaction du système immunitaire : le corps du chien identifie à tort une protéine de l’alimentation comme une menace et déclenche une réponse inflammatoire, le plus souvent sur la peau (démangeaisons, otites, rougeurs).
L’intolérance alimentaire n’implique pas le système immunitaire. C’est une mauvaise digestion d’un ingrédient, qui se traduit surtout par des troubles digestifs : selles molles, gaz, vomissements occasionnels.
En pratique, les deux se gèrent de la même façon : en identifiant puis en retirant l’ingrédient en cause. C’est pour cette raison que la distinction, bien réelle sur le plan médical, change peu de choses au quotidien pour le propriétaire.
Les signes qui doivent mettre la puce à l’oreille
- Démangeaisons chroniques, en dehors de toute cause parasitaire identifiée (pas de puces, pas de gale)
- Otites qui reviennent régulièrement, surtout si elles touchent les deux oreilles
- Selles molles ou irrégulières sur la durée, sans lien avec un changement brutal d’alimentation
- Pelage terne, perte de poils localisée, léchage excessif des pattes
- Rougeurs autour de la bouche, du ventre ou entre les doigts
Aucun de ces signes n’est spécifique à lui seul : ils peuvent aussi venir d’autres causes (parasites, problème hormonal, allergie environnementale aux acariens ou au pollen). C’est justement ce qui rend le diagnostic délicat sans l’aide d’un vétérinaire.
Quels aliments sont le plus souvent en cause
Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les céréales qui posent le plus souvent problème, mais les sources de protéines les plus courantes dans les croquettes du commerce : bœuf, produits laitiers, poulet et blé reviennent le plus fréquemment dans les études vétérinaires sur le sujet. Un chien peut développer une réaction à une protéine qu’il mange depuis des années : l’allergie alimentaire n’apparaît pas forcément dès le premier contact.
Le seul diagnostic fiable : le régime d’éviction
Les tests sanguins ou salivaires vendus comme « tests d’allergie alimentaire » sont peu fiables : ils produisent de nombreux faux positifs et faux négatifs, et peuvent conduire à exclure inutilement des aliments qui ne posent aucun problème. Ce n’est pas une opinion isolée, c’est la position documentée par la littérature vétérinaire internationale, dont les travaux présentés lors des congrès de la WSAVA (association mondiale de médecine vétérinaire des animaux de compagnie).
La méthode de référence reste le régime d’éviction : nourrir le chien exclusivement avec une source de protéines et de glucides qu’il n’a jamais mangée (ou une alimentation hydrolysée, où les protéines sont fragmentées pour ne plus être reconnues par le système immunitaire), pendant 8 à 12 semaines, sans aucun écart ni friandise. Si les symptômes disparaissent, une réintroduction progressive des anciens aliments permet ensuite d’identifier précisément le ou les coupables.
Ce protocole est contraignant et doit être mené avec un vétérinaire, qui pourra prescrire une alimentation thérapeutique adaptée et écarter les autres causes possibles avant de se lancer dedans.
Ce qu’il ne faut pas faire
Changer seul et à répétition l’alimentation de son chien « pour voir » n’aide pas au diagnostic et peut au contraire brouiller les pistes. De même, une alimentation trop restreinte sur une longue durée, sans supervision, peut créer de véritables carences. Un chien suspecté d’allergie ou d’intolérance alimentaire mérite un vrai suivi vétérinaire, pas une succession d’essais au hasard au rayon croquettes.