Main, visage, pieds… certains chiens semblent avoir un besoin quasi permanent de lécher leur humain préféré. Ce geste, aussi banal soit-il en apparence, a plusieurs origines bien identifiées chez le chien.
Dans l’immense majorité des cas, un chien qui lèche son maître fait trois choses à la fois : il rejoue un comportement social hérité du chiot, il se calme lui-même, et il récolte des informations sur vous par le goût. Ce n’est ni de la soumission ni un caprice. Le geste ne devient un signal à surveiller que s’il tourne en boucle, s’il est difficile à interrompre, ou s’il apparaît brutalement chez un chien qui ne léchait pas.
Un héritage du chiot qui sollicite sa mère
Chez les louveteaux et les chiots, lécher la gueule d’un adulte au retour de chasse est un signal qui déclenche la régurgitation de nourriture. Ce réflexe ancestral persiste chez le chien adulte sous une forme différente : lécher devient un geste apaisant et social, tourné vers les membres de sa famille, humaine y compris.
C’est ce qui explique pourquoi beaucoup de chiens visent le visage et la bouche en priorité quand ils vous accueillent à la porte. Ils ne cherchent évidemment plus de nourriture, mais le geste a gardé sa fonction de salutation entre membres du même groupe.
Un signe d’affection et de lien social
Le léchage libère des endorphines chez le chien qui lèche, un peu comme le fait de se faire caresser chez l’humain. C’est aussi un comportement d’apaisement dans le groupe social : le chien « toilette » les membres de sa famille comme il le ferait avec un congénère, ce qui renforce le lien.
Les hôpitaux vétérinaires VCA décrivent la même mécanique : quand un chien lèche, des endorphines sont libérées dans son cerveau et le mettent dans un état calme et détendu, ce qui entraîne ensuite une libération de dopamine. Autrement dit, le chien ne lèche pas seulement pour vous, il lèche aussi parce que ça lui fait du bien. Un geste qui apaise peut aussi finir par servir à gérer un inconfort.
Une manière d’explorer le monde
L’odorat du chien est son sens dominant, mais le goût y participe aussi : lécher une main ou une peau lui permet de récolter des informations sur ce qu’il rencontre (odeurs, résidus, sueur), un peu comme il le ferait en reniflant. C’est particulièrement vrai après un repas ou une activité qui a laissé des odeurs nouvelles sur vous.
Beaucoup de maîtres remarquent que leur chien se met à lécher davantage après une séance de sport, une douche ou l’application d’une crème. C’est logique : la sueur, les traces de savon parfumé et les cosmétiques changent complètement le goût de la peau. Ce n’est pas un signe particulier, c’est simplement une nouveauté à examiner.
Pourquoi les mains, le visage et les oreilles en particulier
Le choix de la zone n’est pas au hasard, il suit l’odeur et l’accessibilité.
- Les mains sont ce qui passe le plus près de sa truffe et ce qui touche tout : nourriture, autres animaux, sol. C’est la zone la plus riche en informations.
- Le visage et la bouche renvoient au geste de salutation du chiot décrit plus haut. C’est aussi la zone qu’un chien vise quand il cherche à apaiser une situation.
- Les oreilles concentrent du cérumen et des sécrétions à l’odeur marquée, et elles font partie des zones que les chiens se toilettent mutuellement entre eux. Un chien qui lèche les oreilles d’un autre chien fait exactement la même chose.
- Les pieds et les jambes après une journée dehors portent des odeurs de sueur et de sel, en plus de tout ce qui a été ramassé en chemin.
Recherche d’attention
Si lécher déclenche systématiquement une réaction chez vous (une caresse, un mot, même un « arrête » prononcé en riant), le chien peut vite associer ce geste à de l’attention garantie, et le reproduire pour cette raison précise, indépendamment de l’affection de départ.
Cette piste est la plus fréquente chez les chiens très demandeurs de contact, ceux qui vous suivent d’une pièce à l’autre toute la journée. Le léchage y devient une façon parmi d’autres de relancer l’interaction. Rien d’inquiétant en soi, mais cela vaut la peine de vérifier que le chien a par ailleurs de quoi s’occuper : sorties suffisantes, activités de flair, temps de repos réel. Un chien qui sollicite en permanence est souvent un chien dont la journée manque de contenu.
Faut-il le laisser faire ?
Si le léchage ne vous dérange pas et qu’il reste occasionnel, il n’y a aucune raison de l’interdire : c’est un mode de communication normal, et le supprimer ne remplace rien. Si en revanche vous ne le supportez pas, ou si un enfant est concerné, la marche à suivre tient en trois points.
- Ne pas gronder. Chez un chien qui lèche pour s’apaiser, une réprimande ajoute de la tension à une situation qu’il essayait justement de désamorcer. Chez un chien qui lèche pour attirer l’attention, la réprimande est encore de l’attention, donc une récompense.
- Retirer calmement ce qui est léché et se détourner quelques secondes, sans rien dire. Le geste cesse de fonctionner, il s’éteint de lui-même.
- Proposer autre chose au même moment : un tapis de fouille, un jouet à mâcher, ou simplement une caresse quand les quatre pattes sont posées. On ne laisse pas un vide, on remplace un comportement par un autre.
Comptez quelques jours de constance avant de voir un changement, et attendez-vous à une phase où le chien insiste davantage avant d’abandonner. C’est normal, c’est même le signe que le comportement était bien entretenu par votre réaction.
Une réserve importante : tout ceci vaut pour un léchage affectueux ou intéressé. Si le vôtre relève d’un mal-être, l’ignorer ne règle rien et laisse le chien seul avec ce qui le tracasse. La section suivante donne les signes qui font basculer d’un cas à l’autre.
Quand le léchage devient excessif
Un léchage qui devient compulsif, difficile à interrompre, ou qui s’accompagne d’autres signes d’anxiété (halètement au repos, agitation) mérite d’être mentionné à un vétérinaire ou un comportementaliste. S’il se déclenche surtout autour de vos départs et de vos retours, la piste à explorer en premier est l’anxiété de séparation : il peut alors s’agir d’un comportement apaisant détourné pour gérer un mal-être plutôt que d’un simple geste affectueux.
Quatre éléments font la différence entre un chien affectueux et un chien en difficulté : le caractère répétitif du geste, la difficulté à l’interrompre, le fait qu’il se déclenche même sans vous, et surtout un changement par rapport à ses habitudes. Les troubles compulsifs du chien décrits par les hôpitaux vétérinaires VCA fonctionnent ainsi : un comportement normal au départ, qui finit par occuper une place démesurée dans la journée de l’animal. Ils vont rarement seuls et s’accompagnent souvent d’autres signes d’anxiété.
Un point à ne pas confondre : si votre chien lèche surtout lui-même, ses pattes, ses flancs ou le bas du ventre, la piste n’est plus la même. On cherche d’abord une cause physique, une allergie, un parasite, une douleur localisée. C’est le terrain des démangeaisons du chien, pas celui de la relation avec vous. Un léchage soudain et insistant de l’air ou du sol mérite lui aussi un avis vétérinaire, il est souvent lié à une gêne digestive.
Ce dernier point est le plus parlant de tous. Un chien qui a toujours léché et continue de le faire ne pose pas de question. Un chien calme qui se met soudain à lécher sans arrêt en pose une.
Est-ce dangereux de se faire lécher ?
Pour une personne en bonne santé, se faire lécher les mains par son chien ne présente pas de risque particulier. La salive du chien contient des bactéries, dont Capnocytophaga, mais les Centers for Disease Control and Prevention américains sont clairs sur deux points : la contamination se fait quand la salive entre dans une plaie ouverte ou après une morsure, et la grande majorité des personnes en contact avec un chien ne tombent pas malades.
Deux précautions suffisent donc dans la vie courante. Ne pas laisser le chien lécher une plaie, une coupure ou une zone de peau abîmée, contrairement à l’idée reçue selon laquelle sa salive désinfecterait. Et se laver les mains avant de manger, ce qui vaut de toute façon après avoir touché un animal.
La prudence est plus grande pour les personnes immunodéprimées, celles qui n’ont plus de rate, celles sous traitement anticancéreux ou vivant avec un diabète : le CDC les identifie comme plus à risque de forme grave. Dans ces situations, mieux vaut éviter le léchage du visage et des mains, sans pour autant se séparer du chien.