Chien adulte qui mordille : ce que ça veut dire, et quoi faire

Il a trois ans, il est propre, il connaît ses ordres, et il vous attrape encore le poignet dès que vous rentrez du travail. Ou alors il ne le faisait jamais et, depuis quelques semaines, il vous pince la main quand vous le caressez. Ces deux chiens mordillent, mais ils ne disent pas du tout la même chose. Chez un chien adulte, le geste compte moins que ce qu’il vise et le moment où il arrive : c’est ce qui oriente vers la bonne réponse, et parfois vers le vétérinaire plutôt que vers l’éducation.

Le premier tri : depuis quand ?

Avant de chercher une méthode, posez-vous une seule question. Votre chien a-t-il toujours mordillé, ou s’y est-il mis récemment ?

S’il l’a toujours fait, l’explication est presque toujours du côté de l’apprentissage. Le plus souvent, l’inhibition de la morsure n’a jamais été acquise quand il était chiot : personne ne lui a appris que la peau humaine est fragile, ou il a quitté sa portée trop tôt pour l’apprendre avec ses frères et sœurs. L’ASPCA, la grande société protectrice des animaux américaine, le résume sans détour : les chiens adultes qui mordillent les gens n’ont probablement jamais appris à ne pas le faire. Nous avons détaillé cet apprentissage dans notre article sur le chiot qui mordille. Chez l’adulte, le principe ne change pas, il demande seulement plus de constance.

S’il s’y est mis récemment, changez de piste. Un chien adulte qui modifie son comportement du jour au lendemain a une raison de le faire, et la douleur arrive en tête de liste. Une équipe de vétérinaires comportementalistes a passé en revue les dossiers récents de ses consultations : selon une estimation qu’elle qualifie elle-même de prudente, environ un tiers des chiens vus pour un problème de comportement avaient une affection douloureuse, et la proportion approchait 80 % dans certaines consultations. Les mêmes auteurs citent parmi les signes à surveiller un chien qui mordille ou gratte une zone précise de son corps, surtout si cela arrive soudainement et s’accompagne d’un frisson de la peau ou d’un petit cri.

Autrement dit, un mordillement nouveau chez un adulte se montre d’abord au vétérinaire. Ce n’est pas une précaution de principe : aucune méthode d’éducation ne corrigera un comportement qui répond à une douleur, et le chien risque d’apprendre en prime que signaler sa gêne ne sert à rien.

Ce qu’il mordille, et quand : la grille de lecture

Une fois ce premier tri fait, regardez précisément ce que votre chien attrape et à quel moment. La plupart des situations rentrent dans l’une de ces cases.

Ce que vous observezCe que ça indiqueQue faire
Il vous attrape les mains ou les bras pendant le jeu, ou quand vous rentrezExcitation, et une douceur jamais appriseRevoir la douceur, jouer sans les mains
Il mordille du bout des dents, par petits coups légers, pendant un câlin, le corps relâchéUn geste social, pas un problèmeRien à corriger, sauf si ça vous dérange
Il vous pince quand vous le touchez à un endroit précis, le brossez ou le soulevezUne gêne ou une douleurConsulter avant toute éducation
Il se mordille lui-même : pattes, flancs, base de la queueÇa le gratte, ou il a mal à un endroitConsulter, puis traiter la cause
Il vous pince les talons quand vous marchezInstinct de troupeau et excitationArrêter de bouger, lui donner un autre travail
Il ronge les meubles ou les objets, surtout seulBesoin de mâcher, ennui, ou mal-être en votre absenceDes choses à mâcher, des jeux, et voir comment il vit la solitude

Il vous attrape les mains quand il est excité

C’est le cas le plus fréquent, et le plus gênant. Les mâchoires d’un chien adulte font nettement plus mal que des dents de chiot, et un chien peut blesser sans le vouloir. L’ASPCA note aussi que ce mordillement est plus difficile à faire disparaître chez l’adulte : il est moins sensible à nos réactions qu’un chiot, et plus difficile à maîtriser physiquement à cause de sa taille.

Les moments à risque sont faciles à repérer : les retrouvailles, le jeu qui monte en intensité, les caresses qui l’excitent au lieu de le calmer. Si votre chien vous attrape surtout quand vous rentrez, ce mordillement va souvent de pair avec les sauts d’accueil, et les deux se travaillent ensemble. Nous en parlons dans notre article sur le chien qui saute sur les gens.

Un point souvent négligé : un chien qui n’a pas assez d’occasions de se dépenser et de mâcher met cette énergie là où il peut. Avant de travailler le mordillement, vérifiez que ses besoins de base sont couverts : des sorties où il peut vraiment courir et renifler, des jeux avec d’autres chiens sociables, et des choses à mâcher qui lui appartiennent. La méthode décrite plus bas marche beaucoup mieux sur un chien qui a eu sa dose.

Il mordille doucement pendant un câlin

Certains chiens mordillent du bout des incisives, par petits coups rapides et sans aucune pression, sur un bras, une manche, une oreille. Le corps est détendu, le regard doux, parfois les yeux mi-clos. C’est le geste qu’on les voit faire sur un congénère qu’ils apprécient, ou sur eux-mêmes quand ils se toilettent.

Ce mordillement-là n’a rien d’inquiétant et ne demande aucune correction. Si vous préférez qu’il ne le fasse pas, retirez simplement votre bras avec calme et proposez-lui autre chose, sans le gronder. Seule précaution : ne le laissez pas s’installer avec de jeunes enfants, qui ne font pas la différence et peuvent réagir d’une manière qui transforme le jeu en autre chose.

Il vous pince quand vous le touchez

Il réagit quand vous passez la main sur ses hanches, quand vous le brossez à un endroit précis, quand vous le soulevez pour le mettre en voiture. C’est la situation qu’il ne faut pas prendre pour un problème d’éducation. Un chien qui pince à ce moment-là vous dit, avec les moyens dont il dispose, que ça lui fait mal ou que ça le met mal à l’aise.

Les chiens âgés méritent une attention particulière. L’étude citée plus haut relève qu’ils peuvent apprendre à masquer les signes de leur douleur, sans pour autant avoir moins mal. Un vieux chien qui se met à pincer quand on le manipule a peut-être de l’arthrose, et il existe de quoi le soulager. Nous en parlons dans notre article sur l’arthrose du chien senior.

Surtout, ne le punissez pas pour ce pincement. Un chien communique sa gêne de façon progressive, en évitant, en se léchant les babines, en grognant, avant d’en arriver à la dent. Nous avons décrit cette échelle de signaux à propos des colliers électriques, qui la court-circuitent. Si on sanctionne ces signaux, il ne cesse pas d’avoir mal : il cesse de prévenir.

Il se mordille lui-même

Un chien qui se mordille les pattes, les flancs ou la base de la queue ne joue pas. Le plus souvent, ça le démange. Les puces viennent en premier sur la liste, y compris chez un chien traité : si l’on traite le chien sans s’occuper de son panier et des textiles de la maison, les larves qui s’y logent relancent le cycle. Nous détaillons ce point dans notre article sur les tiques et les puces du chien. Viennent ensuite les allergies. Nous avons raconté dans le détail le parcours d’un chien atteint de dermatite atopique, qui s’est gratté, léché et mordillé pendant deux ans avant qu’on trouve la bonne réponse.

Un chien qui s’acharne toujours sur la même zone peut aussi y avoir mal, à cause d’une articulation douloureuse ou d’une plaie qu’on ne voit pas sous le poil. Dans tous les cas, le vétérinaire passe avant les solutions maison. Si le problème est une simple démangeaison passagère, notre article sur le chien qui se gratte fait le tri entre ce qui soulage vraiment et ce qui relève de la consultation.

Il vous pince les talons

Si votre chien vous attaque les chevilles dès que vous traversez le salon, regardez sa race. Les chiens de troupeau, comme le border collie ou le berger australien, ont été sélectionnés pendant des générations pour contrôler ce qui bouge, et pincer les jarrets fait partie du répertoire de certaines lignées de travail. Ce n’est pas une excuse pour laisser faire, c’est une indication : ce chien a besoin d’un travail, et vos pieds en font office faute de mieux.

Sur le moment, la consigne de l’ASPCA est simple. Dès qu’il vous attrape les pieds, arrêtez de bouger. Sortez un jouet de tir de votre poche et agitez-le. Quand il le prend, repartez. Si vous n’avez pas de jouet sur vous, restez immobile jusqu’à ce qu’il lâche, puis félicitez-le et donnez-lui un jouet. Le mouvement déclenche le comportement, l’immobilité le rend sans intérêt.

Sur le fond, ce chien a besoin d’une dépense physique et mentale à la hauteur de sa sélection. Une promenade en laisse autour du pâté de maisons ne suffit pas à un chien de troupeau. Les jeux d’occupation mentale, la recherche olfactive et les activités canines structurées donnent à cet instinct un débouché qui n’est pas vos mollets.

Il ronge les meubles et les objets

Mâcher est un besoin réel chez le chien, à tout âge. Un adulte qui n’a rien de légitime à ronger se sert sur ce qu’il trouve : pieds de chaise, chaussures, télécommande. La première réponse est de lui fournir ce qu’il cherche, en choisissant des objets qui résistent à sa mâchoire. Notre sélection de jouets pour chien mâchouilleur part de ce principe.

Regardez aussi quand les dégâts arrivent. S’ils se produisent surtout en votre absence et s’accompagnent d’aboiements, de hurlements ou de malpropreté, le mordillement n’est plus la question : le chien vit mal la solitude, et c’est ce mal-être qu’il faut traiter. Notre article sur l’anxiété de séparation explique comment le reconnaître.

Réapprendre la douceur à un chien adulte

Pour le chien qui vous attrape les mains sans raison médicale, la méthode suit deux étapes, dans cet ordre. On lui apprend d’abord à doser sa mâchoire, puis à ne plus poser les dents sur la peau du tout.

Première étape : doser la pression

  • Jouez avec lui normalement. Tant qu’il mordille sans serrer, continuez.
  • Dès qu’il appuie trop fort, poussez un « aïe » aigu et bref, et laissez votre main devenir molle, sans la retirer d’un coup sec.
  • S’il s’arrête ou vous lèche, félicitez-le et reprenez le jeu.
  • S’il recommence à serrer, recommencez. L’ASPCA conseille de ne pas le faire plus de trois fois en quinze minutes.
  • Si le « aïe » ne produit rien, passez à la pause, que l’ASPCA juge souvent efficace chez l’adolescent et l’adulte : retirez votre main, ignorez-le 10 à 20 secondes, ou levez-vous et éloignez-vous. Puis revenez jouer.

Ce qu’il doit comprendre, c’est que le jeu doux continue et que le jeu qui fait mal s’arrête. Quand il ne serre plus vraiment, devenez plus exigeant : arrêtez le jeu pour des pressions de plus en plus légères.

Deuxième étape : plus de dents sur la peau

  • Dès que vous sentez ses dents sur votre peau, même sans pression, levez-vous et quittez-le 30 à 60 secondes. S’il vous suit en continuant, sortez de la pièce, après avoir vérifié qu’il ne peut rien y abîmer ni s’y blesser.
  • Gardez un jouet de tir à portée de main et proposez-le au moment où il cherche vos mains. Avec le temps, il apprend à aller chercher le jouet de lui-même.
  • S’il s’excite quand vous le caressez, donnez-lui de petites friandises de l’autre main pendant la caresse. Il s’habitue à être touché sans ouvrir la bouche.
  • Travaillez le contrôle de soi en dehors des moments de crise : assis, attendre, laisser.
  • Remplacez la bagarre à mains nues par des jeux sans contact, comme le lancer ou le tir à la corde avec des règles claires.

Toute la famille doit appliquer les mêmes règles. Un chien qui a le droit de mordiller l’un et pas l’autre n’apprend pas qu’on ne mordille pas les gens, il apprend que ça dépend des gens.

Ce qui aggrave les choses

Les réflexes qui viennent naturellement sont souvent ceux qui entretiennent le problème. L’ASPCA en dresse la liste, et elle est instructive :

  • Frapper, secouer par la peau du cou, taper sur le museau. Un chien frappé pour un mordillement de jeu réagit généralement en jouant plus fort. Il peut aussi se mettre à avoir peur de vous, et la peur peut produire une vraie agressivité.
  • Retirer la main d’un coup sec. Le geste ressemble à un jeu pour le chien et l’encourage à bondir pour vous attraper. Une main molle ne l’intéresse pas.
  • Agiter les doigts devant sa tête ou lui taper les joues pour l’inviter à jouer. Vous lui apprenez exactement ce que vous essayez de faire disparaître.
  • Arrêter de jouer avec lui tout court. Le jeu construit le lien entre vous. L’objectif est qu’il joue doucement, pas qu’il ne joue plus.

L’AVSAB, qui réunit les vétérinaires américains spécialisés en comportement, va dans le même sens : les enquêtes associent les méthodes d’éducation fondées sur la contrainte à des problèmes durables, dont des comportements agressifs envers les personnes et les autres chiens, et de l’anxiété.

L’ASPCA elle-même évoque, en tout dernier recours, une méthode plus rude : projeter un spray rafraîchissant pour l’haleine dans la gueule du chien. Nous ne la recommandons pas : elle repose sur l’inconfort, elle abîme la confiance, et un chien qui en vient là mérite l’avis d’un professionnel plutôt qu’une escalade.

Quand ce n’est plus du mordillement

La plupart des mordillements sont un comportement normal. Mais certains chiens mordent par peur ou par frustration, et la différence n’est pas toujours évidente. Un chien qui joue a le corps et la face détendus. Méfiez-vous si vous voyez :

  • un corps raide, un regard fixe, une immobilité soudaine avant la morsure ;
  • des babines retroussées qui découvrent les dents ;
  • des morsures rapides et franchement douloureuses, qui marquent ou percent la peau ;
  • un pincement qui survient quand on s’approche de sa gamelle, de ses jouets ou de son couchage.

Dans ces situations, ne travaillez pas seul. Commencez par votre vétérinaire, qui écartera une cause médicale, puis faites-vous orienter vers un vétérinaire comportementaliste ou un éducateur formé aux troubles du comportement. Ce n’est pas un aveu d’échec : c’est le moyen le plus rapide de régler la situation avant qu’elle ne s’installe.

Sources

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