Chien qui tire en laisse : les techniques qui marchent vraiment

Marcher avec un chien qui tire comme une locomotive, ce n’est agréable pour personne, ni pour vous, ni pour lui. La bonne nouvelle, c’est que dans la grande majorité des cas, ce comportement n’a rien d’inquiétant : votre chien tire simplement parce qu’il est excité, qu’il marche naturellement plus vite que vous, et que personne ne lui a encore appris qu’il existe une autre façon de se déplacer. C’est de ce cas de figure, le tirage « ordinaire », que parle cet article. Si votre chien tire surtout à la vue d’autres chiens, de personnes ou de bruits précis, avec des signes de peur, d’excitation extrême ou d’agressivité (aboiements, grognements, poil hérissé), il s’agit alors davantage de réactivité émotionnelle, un sujet différent que nous traitons en détail dans notre article sur la réactivité en laisse.

Pourquoi votre chien tire

Avant de chercher à corriger quoi que ce soit, il est utile de comprendre ce qui se joue réellement au bout de la laisse. D’abord, une histoire de vitesse : le rythme de marche naturel d’un chien est tout simplement plus rapide que le nôtre, surtout sur de courtes distances. Pour lui, avancer au pas tranquille d’un humain demande un effort de retenue qui ne vient pas naturellement.

Ensuite, il y a l’excitation face à l’environnement : une odeur intéressante, un autre chien au loin, une envie d’arriver plus vite au parc. Le chien a un objectif, et il fonce vers cet objectif de la façon la plus directe possible, en ligne droite, sans se soucier de la laisse.

Enfin, et c’est sans doute le point le plus important à comprendre, personne n’a jamais appris à ce chien l’alternative. On attend souvent d’un chiot ou d’un chien adulte qu’il marche gentiment à côté de nous, sans jamais lui montrer concrètement ce que cela signifie ni le récompenser quand il le fait. Résultat : il découvre tout seul que tirer fonctionne. Chaque fois qu’il tire et que vous avancez malgré tout (même de quelques pas), il vient de recevoir une récompense, celle d’arriver plus vite là où il veut aller. Ce mécanisme d’autorenforcement est redoutable : même si vous ne cédez qu’une fois sur dix, cela suffit parfois à entretenir le comportement, un peu comme un jeu où l’on continue de tenter sa chance parce qu’on a gagné une fois.

Le bon matériel avant de commencer

Le matériel ne remplace jamais l’apprentissage, mais il peut grandement faciliter les choses, voire rendre le tirage tout simplement inefficace pendant que vous travaillez la technique. Le harnais anti-traction à attache avant (sur le poitrail) est aujourd’hui recommandé par de nombreux vétérinaires et éducateurs. Le principe est simple : quand le chien tire fort, la traction le fait légèrement pivoter sur le côté plutôt que de le pousser tout droit. Tirer devient donc inefficace et inconfortable à exécuter, ce qui aide le chien à comprendre plus vite que ce n’est pas la bonne stratégie. Un harnais classique en H ou en Y, avec des sangles qui laissent les épaules bouger librement, convient très bien pour un chien qui ne tire pas excessivement.

À l’inverse, mieux vaut éviter le collier simple pour un chien qui tire beaucoup : la pression exercée sur la trachée en cas de traction répétée peut être importante et n’est pas anodine pour la santé du cou. Quant aux colliers étrangleurs, à pointes ou électriques, ils sont à proscrire totalement. Au-delà de la douleur qu’ils infligent, ils ne apprennent rien au chien sur ce qu’il doit faire à la place, et peuvent au contraire créer de la peur, voire de l’agressivité envers ce qui se trouve à proximité au moment de la correction. Les grandes sociétés vétérinaires comportementales sont unanimes sur ce point : aucune preuve scientifique ne montre que ces méthodes fonctionnent mieux que le renforcement positif, et elles comportent des risques réels pour le bien-être du chien et pour votre relation avec lui.

Côté laisse, privilégiez une laisse fixe classique, d’environ un mètre à un mètre cinquante, plutôt qu’une laisse enrouleur pour la phase d’apprentissage. La laisse enrouleur donne du mou dès que le chien tire un peu plus fort, ce qui lui apprend en réalité que tirer fonctionne pour obtenir plus de longe. Une fois la marche au pied bien acquise, vous pourrez toujours ressortir l’enrouleur pour les moments de balade détendue.

La technique du stop and go

C’est la technique de référence utilisée par de nombreux refuges et centres d’éducation positive, parfois appelée « feu rouge, feu vert ». Le principe est d’une simplicité redoutable, mais demande de la rigueur : la tension de la laisse devient le signal « stop », et le mou dans la laisse devient le signal « on avance ».

Concrètement : vous marchez normalement, et dès que la laisse se tend, vous vous arrêtez net, comme un feu qui passe au rouge. Pas besoin de tirer en arrière ni de gronder, vous devenez simplement un poteau immobile. Attendez que votre chien relâche la tension, qu’il revienne vers vous ou se retourne pour comprendre pourquoi vous ne bougez plus. Dès que la laisse redevient détendue, félicitez-le et repartez aussitôt, comme un feu qui passe au vert. Si la laisse se retend quelques mètres plus loin, vous vous arrêtez à nouveau. Et ainsi de suite, autant de fois que nécessaire.

Le point crucial ici, c’est l’immédiateté : arrêtez-vous dès que la laisse commence à se tendre, pas après avoir laissé votre chien tirer pendant plusieurs mètres. Si vous cédez et continuez à avancer même un court instant après le début de la tension, vous venez de lui apprendre que tirer un peu, ça marche. La variante « demi-tour » fonctionne sur le même principe : au lieu de vous arrêter, vous changez carrément de direction dès que la laisse se tend, ce qui apprend encore plus clairement au chien que c’est lui qui doit rester attentif à où vous allez, et non l’inverse.

Commencez cet exercice dans un environnement calme et peu distrayant, un jardin, une cour, un parking vide en dehors des heures d’affluence. Comptez sur plusieurs séances courtes, environ dix minutes, deux à trois fois par jour, plutôt qu’une seule longue séance. Ce n’est qu’une fois que votre chien maîtrise bien l’exercice dans le calme que vous pourrez transposer la technique à la rue, avec ses odeurs, ses passants et ses distractions. Soyez patient : la marche en laisse détendue est considérée par de nombreux éducateurs comme l’une des compétences les plus complexes à enseigner à un chien, et plusieurs mois de pratique régulière sont souvent nécessaires avant d’obtenir un résultat fiable partout.

Récompenser la marche au pied

Le stop and go apprend à votre chien ce qu’il ne faut pas faire. Pour aller plus vite et rendre l’apprentissage plus agréable, il est très utile de lui montrer activement ce qu’il faut faire à la place, en récompensant la bonne position. Marchez avec des friandises en poche (petites, faciles à avaler, très appétentes) et, dès que votre chien se trouve à votre hauteur avec la laisse détendue, marquez ce moment avec un mot (« oui » ou « bien » par exemple) ou un coup de clicker, puis donnez immédiatement la friandise, à hauteur de votre jambe, là où vous voulez qu’il reste.

Le principe du marqueur, qu’il soit verbal ou sonore (clicker), est de signaler à l’instant précis le comportement qui vous plaît, avant même de sortir la récompense. Cela permet au chien de comprendre exactement ce qui a été récompensé, même si quelques secondes s’écoulent avant que la friandise n’arrive dans sa gueule. Au début, marquez et récompensez très souvent, presque à chaque pas réussi, puis espacez progressivement les récompenses à mesure que votre chien comprend le jeu.

Vous pouvez également introduire un mot de départ, comme « on y va » ou « allez », prononcé uniquement quand la laisse est détendue, pour que votre chien associe ce signal à une marche calme. L’idée générale est de faire de la position à côté de vous l’endroit le plus intéressant de la balade, plutôt que quelque chose de contraignant pour le chien.

Les erreurs qui font échouer l’apprentissage

  • Tirer en retour sur la laisse pour « montrer qui commande » : cela ne fait qu’ajouter de la tension physique des deux côtés, et le chien continue à pousser contre la pression, un réflexe naturel appelé réflexe d’opposition.
  • Céder du terrain quand le chien tire, ne serait-ce que quelques pas, ce qui revient à récompenser directement le comportement que vous cherchez à faire disparaître.
  • Punir le tirage (secousses, cris, colliers à pointes ou électriques) sans jamais montrer au chien ce qu’il doit faire à la place : il apprend alors à craindre la laisse ou le propriétaire, pas à marcher calmement.
  • Manquer de constance : s’arrêter systématiquement un jour, laisser passer le lendemain parce qu’on est pressé. Le chien a alors du mal à comprendre la règle, puisqu’elle change selon les jours.
  • Passer directement à un environnement bruyant et plein de distractions avant d’avoir consolidé l’exercice dans un lieu calme, ce qui met la barre trop haut trop vite et décourage autant le chien que le maître.
  • Utiliser une laisse enrouleur pendant la phase d’apprentissage, ce qui envoie un message contradictoire au chien sur ce que « tirer » provoque comme conséquence.
  • Abandonner après quelques essais infructueux : la marche en laisse détendue demande plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, de pratique régulière et courte plutôt qu’une seule séance intensive.

Sources

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