Votre chien happe une guêpe au vol, jappe, et se met à se frotter la truffe contre le sol. Dans la grande majorité des cas, il n’y aura qu’une bosse douloureuse et tout rentrera dans l’ordre en quelques heures. Mais deux situations changent complètement la donne : la piqûre dans la gueule, et la réaction allergique. Les deux se jouent en minutes, pas en heures. Voici comment faire la différence.
Reconnaître une piqûre, et savoir laquelle
Un chien piqué le montre tout de suite : un cri bref, puis il lèche, mordille ou frotte l’endroit touché. Une bosse chaude et douloureuse apparaît en quelques minutes. S’il s’agit d’une patte, il boite souvent.
Les chiens se font surtout piquer à la tête et aux pattes, pour une raison simple : ils essaient d’attraper l’insecte avec la gueule, ou ils marchent dessus. La truffe, les babines, les paupières et les oreilles arrivent donc en tête.
La distinction entre les insectes a une conséquence pratique. L’abeille laisse son dard planté dans la peau, avec la petite poche à venin encore accrochée. La guêpe et le frelon gardent le leur, ce qui veut dire qu’ils peuvent piquer plusieurs fois de suite. Un chien qui dérange un nid ne reçoit donc pas une piqûre, mais dix ou vingt, et c’est le nombre qui devient dangereux en lui-même.
Les gestes des premières minutes
Si vous voyez le dard, retirez-le. Raclez la peau avec le bord d’une carte bancaire ou avec votre ongle, latéralement. Évitez la pince à épiler : en serrant, vous pressez la poche à venin et vous injectez ce qu’il en restait.
Appliquez ensuite du froid, une quinzaine de minutes. Un sac de petits pois congelés enveloppé dans un torchon fait très bien l’affaire. Jamais de glace à même la peau. Le froid calme la douleur et limite le gonflement.
Puis vous surveillez, et c’est là que se joue l’essentiel. Restez auprès de lui pendant au moins une heure sans le quitter des yeux. La plupart des réactions graves surviennent dans les dix à trente minutes, mais certaines se déclarent plus tard dans la journée. Ce n’est pas le moment de le laisser seul au jardin.
Les signes qui imposent le vétérinaire tout de suite
Certaines situations ne se surveillent pas à la maison. Filez chez le vétérinaire, ou appelez-le en route, si vous constatez l’un de ces points.
- Une difficulté à respirer : respiration bruyante, sifflante, gueule ouverte, cou tendu vers l’avant.
- Un gonflement de la face ou du cou, en particulier autour des babines et des yeux, surtout s’il progresse à vue d’œil.
- Des plaques sur tout le corps, une urticaire généralisée, ou des démangeaisons soudaines loin du point de piqûre.
- Un chien abattu, qui vacille ou s’effondre, avec des gencives pâles ou grisâtres.
- Des vomissements ou une diarrhée dans les minutes qui suivent la piqûre.
- Des piqûres multiples, en particulier si votre chien a dérangé un nid.
- Un antécédent de réaction allergique lors d’une piqûre précédente. Une deuxième réaction est souvent plus violente que la première.
Ces signes évoquent une réaction allergique généralisée, qui peut aller jusqu’au choc anaphylactique. Le traitement existe et il est efficace, mais il se donne en clinique, sous perfusion. Il n’y a rien à tenter à la maison dans ce cas, et le temps perdu se paie cher. Nos repères sur les signes qui imposent une consultation en urgence valent d’ailleurs bien au-delà des piqûres.
S’il a gobé l’insecte : le cas le plus sérieux
C’est la situation la plus fréquemment sous-estimée, et c’est justement celle qui inquiète le plus les vétérinaires. Un chien qui attrape une guêpe au vol la reçoit dans la gueule, parfois au fond de la gorge.
Le problème n’est pas le venin en lui-même, c’est l’endroit. La langue, le voile du palais et la gorge gonflent comme n’importe quel autre tissu piqué, sauf qu’ici le gonflement se produit dans le passage de l’air. Un œdème qui serait sans conséquence sur une cuisse peut fermer les voies respiratoires quand il siège dans la gorge.
Si votre chien a avalé ou mordu un insecte piqueur, considérez que c’est une urgence, même s’il a l’air bien sur le moment. Le gonflement met parfois trente minutes à s’installer. Appelez le vétérinaire immédiatement pour qu’il vous dise s’il faut venir ou surveiller, et surtout ne partez pas faire autre chose en attendant de voir. Le raisonnement est le même que pour un chien qui a mordu un crapaud : ce qui compte, c’est le contact avec les muqueuses de la bouche.
Les signes à guetter sont une salivation soudaine et abondante, des efforts pour déglutir, un chien qui se frotte frénétiquement la gueule avec les pattes, ou une respiration qui devient bruyante.
Le frelon asiatique mérite une mention à part
Son venin n’est pas fondamentalement différent de celui du frelon européen, et une piqûre isolée n’a rien d’exceptionnel. Ce qui change, c’est le comportement de l’espèce. Le frelon asiatique défend son nid de façon très agressive et sur un large périmètre, ce qui multiplie les piqûres en cas d’approche.
Or c’est le nombre qui fait la gravité. Un chien curieux qui pousse la truffe vers un nid en reçoit une série, et la dose de venin cumulée devient un problème en soi, indépendamment de toute allergie. Les nids se logent souvent en hauteur mais aussi dans les haies, sous les abris de jardin ou dans les tas de bois, exactement là où un chien fouine. Si vous en repérez un chez vous, tenez le chien à l’écart de la zone et faites intervenir un professionnel plutôt que d’essayer de le retirer vous-même.
Ce qu’il ne faut pas faire
Ne donnez aucun médicament de votre armoire à pharmacie. C’est le réflexe le plus courant et le plus risqué. Plusieurs antihistaminiques et anti-inflammatoires humains sont toxiques pour le chien, et les doses n’ont rien à voir. Si un antihistaminique est justifié, le vétérinaire vous dira lequel et à quelle dose, en fonction du poids.
N’attrapez pas le dard à la pince. Vous videriez le reste de la poche à venin sous la peau.
Oubliez les remèdes de grand-mère. Vinaigre, terre, dentifrice ou huiles essentielles n’ont aucun effet démontré sur le venin, et certaines huiles essentielles sont elles-mêmes irritantes ou toxiques pour le chien. Le froid suffit.
Ne vous fiez pas à la première demi-heure pour conclure. Un chien qui va bien à trente minutes peut encore réagir. Gardez un œil sur lui le reste de la journée.
Prévenir, dans la mesure du possible
On ne surveille pas chaque insecte du jardin, et un chien qui court après une guêpe fait simplement son métier de chien. Quelques habitudes réduisent tout de même le risque pendant l’été.
Ramassez les fruits tombés au sol, qui attirent guêpes et frelons en fin d’été. Ne laissez pas traîner de gamelle sucrée ou de reste de viande dehors. Inspectez les recoins du jardin en début de saison, avant que les nids ne grossissent. Et si votre chien a déjà fait une réaction allergique à une piqûre, parlez-en à votre vétérinaire : selon les cas, il peut vous remettre un traitement d’urgence à garder chez vous, avec les explications qui vont avec.
L’été apporte son lot de dangers discrets pour les chiens. Les chenilles processionnaires au printemps, le coup de chaleur en pleine chaleur, et les signes d’empoisonnement qu’il vaut mieux savoir reconnaître avant d’en avoir besoin.
En cas de doute, un numéro à garder
Si votre vétérinaire est injoignable et que vous hésitez, les centres antipoison vétérinaires répondent aux particuliers. Le CNITV de Lyon est joignable au 04 78 87 10 40, le centre de Nantes au 02 40 68 77 40. Ce sont des vétérinaires qui décrochent, et ils vous diront en deux minutes si la situation demande un déplacement.
Sources
- Merck Veterinary Manual, Wasp, Bee, and Ant Stings to Animals : localisation des piqûres à la face et dans la gueule chez les petits animaux, retrait du dard, anaphylaxie, prise en charge.
- Vetopedia, Piqûre d’insecte chez le chien : agir et consulter : signes cliniques, critères de consultation en urgence, réaction anaphylactique.
- Fregis, urgences vétérinaires, Mon chien s’est fait piquer par une guêpe ou une abeille : conduite à tenir et surveillance après la piqûre.
- Ordre national des vétérinaires, Les centres anti-poisons vétérinaires en France : coordonnées des centres antipoison.