La prostate du chien : hypertrophie bénigne, signes et traitement

Quand un chien mâle non castré prend de l’âge et se met à laisser quelques gouttes de sang au bout du fourreau, à forcer pour faire ses selles ou à uriner bizarrement, il y a une piste qui revient souvent chez le vétérinaire : la prostate. Ce n’est pas une fatalité et, dans la grande majorité des cas, il ne s’agit pas d’un cancer.

Le trouble le plus courant s’appelle l’hypertrophie bénigne de la prostate, souvent abrégée HBP. C’est de loin le problème prostatique le plus fréquent chez le chien entier, et il se traite bien. Encore faut-il le repérer, ce qui n’est pas évident quand on sait qu’une bonne partie des chiens concernés ne montrent absolument rien.

Quand consulter sans attendre

Un trouble prostatique se gère la plupart du temps sur rendez-vous. Certains signes demandent en revanche un vétérinaire rapidement :

  • votre chien n’arrive plus du tout à uriner, ou n’émet que quelques gouttes en forçant ;
  • il est abattu, fiévreux, ne mange plus et semble douloureux quand on touche l’arrière du ventre ;
  • il présente une douleur marquée à la démarche, en particulier sur le train arrière ;
  • le saignement est abondant ou revient de façon répétée ;
  • il ne parvient plus à déféquer malgré des efforts visibles.

Où se trouve la prostate du chien, et à quoi elle sert

La prostate est une glande située dans le bassin, juste sous le rectum, à l’endroit où la vessie se prolonge par l’urètre. Elle entoure ce canal comme un anneau. Sa fonction est de produire une partie du liquide séminal, celui qui transporte les spermatozoïdes.

Sa position explique à elle seule la plupart des symptômes. Quand elle grossit, elle appuie vers le haut sur le rectum, ce qui gêne le passage des selles, et elle comprime l’urètre qu’elle entoure, ce qui gêne la miction. C’est aussi pour ça que le vétérinaire peut la palper par voie rectale : elle est juste derrière la paroi.

Son développement dépend directement des hormones sexuelles mâles. Cela a une conséquence pratique majeure, sur laquelle repose tout le traitement : chez un chien castré, la prostate régresse. Merck précise le calendrier : cette involution est généralement visible en quelques semaines, et souvent complète en quelques mois.

L’hypertrophie bénigne, de loin le trouble le plus fréquent

Le manuel vétérinaire Merck la décrit comme le trouble prostatique le plus courant chez le chien mâle entier. Elle résulte d’une stimulation androgénique, ou d’un déséquilibre entre androgènes et œstrogènes qui s’installe avec l’âge.

Sur le calendrier, on est souvent plus précoce qu’on ne l’imagine. Toujours selon Merck, l’hyperplasie glandulaire peut débuter chez certains chiens dès l’âge de 2 ans et demi, et c’est après 4 ans que la forme kystique tend à se développer. Une étude rétrospective publiée en 2021 dans Clinical Theriogenology sur 25 chiens entiers diagnostiqués donne un âge médian de 8 ans, avec des cas allant de 1 à 14 ans.

Retenez surtout que le mot « bénigne » est ici à prendre au sens médical : il signifie que ce n’est pas une tumeur cancéreuse. Cela ne veut pas dire que c’est sans conséquence, ni qu’il ne faut rien faire.

Les signes, et le piège du chien qui n’en montre aucun

Merck indique que beaucoup de chiens entiers atteints d’hypertrophie bénigne sont cliniquement normaux. Dans l’étude de 2021, 9 des 25 chiens diagnostiqués ne présentaient aucun symptôme. L’absence de signe ne prouve donc pas l’absence de problème.

Quand des signes apparaissent, les plus rapportés sont, selon Merck, une hématurie (du sang dans les urines) persistante ou intermittente, du sang dans le sperme, et un écoulement sanglant au bout du fourreau. Ce dernier est souvent ce qui amène le propriétaire à consulter, et c’est le lien avec les autres articles de ce site : nous détaillons les causes possibles d’un chien qui saigne du fourreau, dont la prostate n’est qu’une parmi plusieurs.

S’y ajoutent les signes liés à la compression :

  • des efforts pour uriner, un jet plus faible, des mictions plus fréquentes : l’étude de 2021 rapporte une dysurie et des fuites urétrales ;
  • parfois une incontinence, observée chez 6 des 25 chiens de cette même étude ;
  • des difficultés à déféquer, classiquement décrites du fait de la compression du rectum, même si Merck ne retient dans ses signes cliniques que les manifestations urinaires et l’écoulement préputial.

Attention à ne pas confondre un écoulement sanglant avec le smegma, cette sécrétion normale et non sanglante que produisent la plupart des mâles. C’est une distinction que nous traitons en détail dans l’article sur le fourreau du chien et le smegma.

Comment le vétérinaire fait le diagnostic

L’examen commence en général par une palpation par voie rectale. Dans une hypertrophie bénigne, le vétérinaire perçoit une prostate augmentée de volume, symétrique et non douloureuse. Ces trois caractéristiques comptent : une glande asymétrique, ou douloureuse à la palpation, oriente vers autre chose qu’une simple hypertrophie.

L’examen de référence reste l’imagerie. Merck désigne l’échographie abdominale comme la meilleure méthode pour évaluer la taille de la prostate et sa structure interne. Elle met aussi en évidence les structures kystiques à l’intérieur de la glande, que la palpation ne montre pas.

Selon le tableau, s’y ajoutent souvent une analyse d’urine avec culture bactérienne, pour chercher une infection associée, et parfois un prélèvement de la glande elle-même.

Les traitements, et pourquoi la castration revient toujours

Puisque la prostate grossit sous l’effet des hormones mâles, retirer la source de ces hormones la fait régresser. C’est pourquoi Merck indique que, chez les chiens qui ne sont pas destinés à la reproduction ou à l’exposition, la castration est le traitement de choix. L’amélioration est en général nette et durable, et le problème ne revient pas.

Pour un chien reproducteur, il existe des traitements médicaux, notamment le finastéride et l’acétate d’osatérone. Merck précise un point à bien comprendre : ils sont efficaces tant que le traitement est poursuivi. Ce sont des traitements d’entretien, pas une guérison définitive.

La décision de castrer ne se prend jamais sur ce seul critère et mérite d’être discutée globalement avec votre vétérinaire, en tenant compte de l’âge, du tempérament et de la santé générale du chien. Nous abordons ces arbitrages dans l’article consacré à la stérilisation et la castration du chien.

Quand ce n’est pas une simple hypertrophie

Tous les troubles de la prostate ne se ressemblent pas, et c’est précisément pour ça qu’un avis vétérinaire s’impose plutôt qu’une surveillance à domicile.

Une prostatite, c’est-à-dire une infection de la glande, peut se greffer sur une hypertrophie existante. Le tableau change alors nettement : douleur, fièvre, abattement, parfois un chien qui ne veut plus bouger. C’est une situation qui demande une prise en charge rapide. Dans l’étude de 2021, une infection était confirmée chez 4 des 25 chiens, ce qui en fait une complication réelle mais pas la règle.

Il existe aussi des kystes, des abcès, et plus rarement des tumeurs. Le point commun de ces situations est qu’elles ne se distinguent pas d’une hypertrophie bénigne à l’œil nu, depuis son salon. Seuls l’examen et l’imagerie font la différence, et c’est la raison pour laquelle un chien mâle âgé qui présente ces signes mérite un rendez-vous plutôt qu’une période d’observation.

Questions fréquentes

Un chien castré peut-il avoir un problème de prostate ?

L’hypertrophie bénigne, non : la glande régresse après la castration, c’est même le principe du traitement. En revanche, un chien castré qui développe des signes prostatiques doit être examiné sans tarder, car les causes possibles chez lui sont d’une autre nature.

À partir de quel âge faut-il y penser ?

Plus tôt qu’on ne le croit. L’hyperplasie glandulaire peut commencer dès 2 ans et demi chez certains chiens, et la forme kystique se développe surtout après 4 ans. L’âge médian au diagnostic tourne autour de 8 ans, mais des cas sont décrits à 1 an comme à 14.

Mon chien n’a aucun symptôme, dois-je m’en inquiéter ?

Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, mais il faut savoir que l’absence de signe ne garantit rien : une bonne partie des chiens atteints sont cliniquement normaux. C’est un bon argument pour ne pas sauter la visite annuelle chez un mâle entier qui vieillit, la palpation prostatique faisant partie de l’examen de routine.

Est-ce douloureux pour le chien ?

Une hypertrophie bénigne simple n’est habituellement pas douloureuse, et la glande est décrite comme non douloureuse à la palpation. Une douleur nette oriente au contraire vers une infection, un abcès ou une autre complication, et justifie de consulter rapidement.

Sources

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